Victor-Hugo-Les-Misérables-cinquième-partie-Livre-premier

Victor Hugo, Les Misérables, Cinquième partie, Livre premier (extrait)

Il s’agit d’un texte extrait du roman réaliste  Les Misérables de Victor Hugo qui pourrait être exploité éventuellement comme un texte support pour des cours, des contrôles ou des examens qui portent sur :

  • Le Réalisme
  • Le roman réaliste
  • Le dialogue
  • Les verbes introducteurs
  • Le passé simple

 

Gavroche enfant malaimé des Thénardiers, survit tant bien que mal dans les rues de Paris. Lors des funérailles d’un général bonapartiste, des soulèvements ont eu lieu dans plusieurs quartiers de la capitale, Gavroche est touché en essayant de venir en aide aux insurgés pendant une confrontation avec l’armée.

 

Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche, fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l’air de s’amuser beaucoup. C’était le moineau becquetant les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en l’ajustant (3). Il se couchait, puis se redressait, s’effaçait dans un coin de porte, puis bondissait, disparaissait, reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de nez, et cependant pillait les cartouches, vidait les gibernes et remplissait son panier. Les insurgés (4), haletants d’anxiété, le suivaient des yeux. La barricade tremblait ; lui, il chantait. Ce n’était pas un enfant, ce n’était pas un homme ; c’était un étrange gamin fée. On eût dit le nain invulnérable de la mêlée. Les balles couraient après lui, il était plus leste qu’elles. Il jouait on ne sait quel effrayant jeu de cache-cache avec la mort ; chaque fois que la face camarde (5) du spectre s’approchait, le gamin lui donnait une pichenette.

Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l’enfant feu follet (6). On vit Gavroche chanceler, puis il s’affaissa. Toute la barricade poussa un cri ; mais il y avait de l’Antée (7) dans ce pygmée (8) ; pour le gamin toucher le pavé, c’est comme pour le géant toucher la terre ; Gavroche n’était tombé que pour se redresser ; il resta assis sur son séant (9), un long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l’air, regarda du côté d’où était venu le coup, et se mit à chanter.

 

Je suis tombé par terre,

C’est la faute à Voltaire,

Le nez dans le ruisseau,

C’est la faute à…

 

Il n’acheva point. Une seconde balle du même tireur l’arrêta court. Cette fois il s’abattit la face contre le pavé, et ne remua plus. Cette petite grande âme venait de s’envoler.

 

Victor Hugo, Les Misérables, Livre premier, Cinquième partie


1 – Gisant : étendu, sans mouvement ; mort.

2 – Giberne : boîte portée à la ceinture dans laquelle les soldats mettent leurs cartouches.

3 – En l’ajustant : en le visant avec leur fusil.

4 – Les insurgés : les révoltés.

5 – Camarde : l’adjectif signifie «qui a le nez plat, écrasé». La camarde désigne également la mort.

6 – Feu follet : petite flamme due à la combustion spontanée de gaz (se dégageant de matières en décomposition).

7 – Antée : géant qui retrouvait ses forces dès qu’il touchait le sol.

8 – Pygmée : individu de très petite taille.

9 – Sur son séant : en position assise.

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Check Also

Fiche pédagogique paratexte l’étranger de Camus

Fiche pédagogique paratexte l’étranger de Camus Fiche pédagogique sur le paratexte d…