Victor-Hugo-Les-Misérables-deuxième-partie-Livre-troisième

Victor Hugo, Les Misérables, Deuxième partie, Livre troisième (extrait)

Il s’agit d’un texte extrait du roman réaliste  Les Misérables de Victor Hugo qui pourrait être exploité éventuellement comme un texte support pour des cours, des contrôles ou des examens qui portent sur :

  • Le Réalisme
  • Le roman réaliste
  • La description
  • L’imparfait
  • Le registre tragique

 

Cosette est une fillette de huit ans, confiée par sa mère à des aubergistes pour en prendre soin, car elle n’avait pas les moyens de le faire, rendue esclave par les Thénardiers, elle profite d’un moment de répit pour jouer avec la poupée des petites, surprise par l’une d’elle, elle le signala à sa mère, qui intervint furieusement.

 

– Cosette, répéta la Thénardier.

Cosette prit la poupée et la posa doucement à terre avec une sorte de vénération mêlée de désespoir. Alors, sans la quitter des yeux, elle joignit les mains, et, ce qui est effrayant à dire dans un enfant de cet âge, elle se les tordit ; puis, ce que n’avait pu lui arracher aucune des émotions de la journée, ni la course dans le bois, ni la pesanteur du seau d’eau, ni la perte de l’argent, ni la vue du martinet, ni même la sombre parole qu’elle avait entendu dire à la Thénardier, – elle pleura. Elle éclata en sanglots.

Cependant le voyageur s’était levé.

– Qu’est-ce donc ? dit-il à la Thénardier.

– Vous ne voyez pas ? dit la Thénardier en montrant du doigt le corps du délit qui gisait aux pieds de Cosette.

– Hé bien, quoi ? reprit l’homme.

– Cette gueuse, répondit la Thénardier, s’est permis de toucher à la poupée des enfants !

– Tout ce bruit pour cela ! dit l’homme. Eh bien, quand elle jouerait avec cette poupée ?

– Elle y a touché avec ses mains sales ! poursuivit la Thénardier, avec ses affreuses mains !

Ici Cosette redoubla ses sanglots.

– Te tairas-tu ? cria la Thénardier.

L’homme alla droit à la porte de la rue, l’ouvrit et sortit.

Dès qu’il fut sorti, la Thénardier profita de son absence pour allonger sous la table à Cosette un grand coup de pied qui fit jeter à l’enfant les hauts cris.

La porte se rouvrit, l’homme reparut, il portait dans ses deux mains la poupée fabuleuse dont nous avons parlé, et que tous les marmots du village contemplaient depuis le matin, et il la posa debout devant Cosette en disant :

– Tiens, c’est pour toi.

Il faut croire que, depuis plus d’une heure qu’il était là, au milieu de sa rêverie, il avait confusément remarqué cette boutique de bimbeloterie éclairée de lampions et de chandelles si splendidement qu’on l’apercevait à travers la vitre du cabaret comme une illumination.

 

Victor Hugo, Les Misérables, Deuxième partie, Livre troisième, 1862.

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